LE GAMBISON

Un jaque, ou gambison, est un vêtement matelassé destiné à servir de protection lors d'un combat. Il peut être porté seul ou associé à une autre défense afin de la renforcer.

Ce type de défense est très ancien. Dès la professionnalisation des armées, avec un apport massif de mercenaires et un allongement de la durée des campagnes, les soldats devant voyager loin ont rapidement préféré une défense constituée de plusieurs couches de lin superposées, plus légère pratique et facile d'entretient qu'une protection métallique.

Efficaces contre les chocs, les jaques pouvaient aussi l'être contre les armes tranchantes et les flèches. Tout dépendait de l'épaisseur et de l'assemblage des composants (au XVe siècle des jaques d'archers pouvaient atteindre les dix kilos).

Louis XI a essayé d'en réglementer la fabrication pour les francs-archers afin de remplacer les broignes "de peaux de cerf". Dans son ordonnance il est dit qu'il "n'a jamais été vu une demi-douzaine d'hommes tués par des coups de poignards ou des blessures dues à des flèches avec de tels jaques."

En 1483, les soldats du duc de Gloucester sont décrits comme portant "des tuniques confortables rembourrées d'étoupe. Ils disent que plus les tuniques sont souples, plus elles résistent à l'impact des flèches et de l'épée, et que par ailleurs elles sont plus légères en été et plus pratiques en hiver que le fer." Sous une défense métallique comme une cotte de mailles ou un corselet d'armure, les jaques permettait d'amortir les chocs, et protégeait des flèches. Au XVe siècle une flèche ne pouvait pas pénétrer de plus de un centimètre une armure doublée d'un bon gambison.

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Extrait d'une ordonnance de Louis XI concernant la fabrication des jaques pour les francs-archers :

"Leur faut les jaques de trente toiles d'épaisseur ou, pour le moins, de vingt-cinq, avec un cuir de cerf. Les toiles claires et à demi usées sont les meilleures. Et doivent lesdits jaques être de quatre pièces ; et faut que les manches soient fortes comme le corps. Et doit être l'emmanchure grande, pour que la manche prenne près du collet et non pas sur l'os de l'épaule ; aussi que le jaque soit large sous l'aisselle et bien fourni. Que le collet ne soit pas trop haut derrière pour l'amour de la salade (c'est-à-dire de manière a ne pas empêcher le jeu de la partie postérieure du casque). Il faut que le jaque soit lacé devant, avec une pièce sous l'endroit qui lace. Pour l'aisance du dit jaque, il faudra que l'homme ait un pourpoint sans manches ni collet, de l'épaisseur de deux toiles seulement, et qui n'aura que quatre doigts de large sur l'épaule ; auquel pourpoint il attachera ses chausses. De cette façon il flottera dedans son jaque et sera à son aise, car on ne vit jamais tuer personne à coups de main ni de flèche dedans un pareil jaque."

 
 
Les jaques étaient en général réalisés par des professionnels avec les produits courants sur place, comme du tissu de coton, de lin, de soie, de laine, feutre puis de la laine, du coton, du lin ou du crin de cheval pour les bourres. Ces protections demandaient un savoir-faire pour garder les qualités recherchées quu suivent :
  • solidité : tout dépend du type de couture, des tissus, du rembourrage et de la forme du jaque. Pour cette raison, les jaques rembourrés étaient très compartimentés, de façon à ce qu'une coupure ne vide pas le jaque de la totalité de son rembourrage.
  • souplesse : elle dépend des tissus, des bourres et de la manière. Elle varie dans le temps suivant la manière dont le jaque est utilisé et entretenu (les bourres se tassent à l'usage, les tissus peuvent se resserrer au lavage ou au mouillage...)
  • poids : pour le même type de jaque, réalisé avec le même type de matière, le poids est fonction de la solidité. 
  • confort : le gambison impose quelques gênes dans les mouvements, en été (chaleur), l'absente d'étanchéité qui fait qu'un jaque de coton peut très bien doubler son poids s'il est mouillé et sera très difficile à sécher.
  • entretien : les réparations sont en général à la portée de tout soldat,  par contre le lavage et surtout le séchage posent de réelles difficultés. 
  • prix : bien que de grande qualité, les jaques étaient en général d'un prix modéré, du moins par rapport aux autres protections.
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Les gambisons furent de tous temps utilisés seuls mais furent aussi couramment en dessous d'une autre protection et furent très souvent adaptés. Par exemple, une cotte à armée est un jaque léger porté sous une défense métallique, dont le but principal est d'amortir les chocs et de maintenir en place la défense métallique, à l'aide de lacets et boutons cousus sur la cotte. Il pouvait aussi être renforcés par des pièces métalliques cousues, comme les "chaines de jacque" au niveau des bras. En fait, à partir d'un certain nombre d'adaptation, les jaques perdaient souvent leurs caractéristiques pour devenir des défenses bâtardes.

 

Pieter de Schodt

 

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